Il est difficile aujourd'hui de se l'imaginer, mais la place de la Bouverie était autrefois un cimetière.

Le cimetière de la Bouverie (1679-1836)

Jusqu'en 1679, les morts étaient enterrés, selon leur fortune, autour ou dans l'église paroissiale. A cette date, la nécessité se fit sentir de créer un nouveau cimetière, probablement en raison du manque de place.

En 1676, dans une assemblée où furent réunis les prêtres sociétaires, les marguilliers, les consuls et les habitants, on résolut d'établir un cimetière hors de la ville. Comme le procès-verbal de l'assemblée n'est pas venu jusqu'à nous, on ne peut que présumer les motifs de cette résolution qui furent, sans doute, le défaut d'espace suffisant dans l'église et autour de ses murs, à cause de l'accroissement de la population, ou l'inconvénient qui en résultait pour la salubrité publique.

L'évêque de Mâcon ayant approuvé la résolution, une autre assemblée eut lieu, en 1677, où l'on choisit, pour l'emplacement du nouveau cimetière, une terre donnée à l'Hôtel-Dieu, depuis plusieurs années, par Antoine Clesle, marchand de Charlieu. Elle était située près du couvent des Capucins, à droite du chemin qu'on suivait pour y aller de la ville. Ce choix reçut l'approbation des Bénédictins, qui était nécessaire, à cause de leurs droits de seigneurs du territoire. Toutes les autres formalités avaient été remplies et on allait commencer la clôture, lorsque la libéralité de Henri Donguy vint changer toutes ces dispositions.

Bourgeois de Lyon, mais originaire de Charlieu, et propriétaire de la terre de Malfaras, il était resté affectionné à sa ville natale, comme il le prouva par plusieurs services qu'il lui rendit, et particulièrement par la donation qu'il lui fit, le 24 février 1679, de 600 livres pour établir le cimetière et y construire une chapelle. Il y mit pour condition qu'on célébrerait chaque année douze messes dans la chapelle, qu'on mettrait ses armes dans la voûte et sur le frontispice de l'édifice et sur le piédestal de la croix du nouveau champ mortuaire. Il se réservait le choix de l'emplacement, pour lequel il s'en rapportait à François Donguy, son frère aîné, aussi bourgeois de Lyon, et aux révérends Pères Capucins de Charlieu.

Ceux-ci donnèrent la préférence à un terrain, situé presqu'en face de la porte Chanteloup, occupé alors par deux jardins et aujourd'hui par le marché aux boeufs, à cause du peu de distance et de la facilité qu'il y avait d'y venir de l'église. Ce choix ayant été approuvé par toutes les autorités de la ville et par les habitants, les deux marguilliers en charge achetèrent les deux jardins, moyennant la somme de vingt-cinq livres et une pistole d'étrennes, par acte du 19 mai 1679.

(Desevelinges, page 103)

La visite pastorale de 1746 décrit elle aussi le terrain choisi, terrain qui n'était encore pas complètement clos à cette date :

Le cimetière est hors la ville près la porte Chante-Loup et est éloigné de l'église d'environ quatre à cinq cents pas. Il est d'une étendue suffisante, il y a une croix de pierre au-dedans. Il est clos d'un mur de pierre du côté de bise et soir seulement. Cette clôture est rompue en deux ou trois endroits qu'il faut incessamment réparer, le reste du cimetière est comme ouvert, n'y ayant que de mauvais buissons, et par là est exposé à des indécences et des profanations. Ajoutent qu'une portion de la chenevière qui est au midi, fait partie de ce cimetière et en dépend. Nous ordonnons sous peine d'interdit, qu'il sera entièrement clos de murailles semblables aux susdites et ce dans un an à compter de ce jour. Ce cimetière peut contenir environ deux coupées de terrain, et se confine de soir par ladite porte de Chante-Loup et murs de la ville, une grande place entre deux; de bise la maison et aisances du sieur Gacon, un chemin aisantiel entre deux; de matin le jardin de Marc Cirot, et de midi le surplus de ladite chenevière, cultivée par Estienne Jalemont. L'entrée du cimetière du côté de la ville est régulière, mais ne sert pas de beaucoup attendu qu'il est mal ou point fermé de midi et matin.

Visite pastorale de 1746, page 92.

La chapelle St-Lazare

Une chapelle est construite sur l'emplacement du nouveau cimetière :

Les dimensions de la chapelle, qui se terminait en demi-cercle, furent de douze pieds de largeur (3.65 m), de vingt-quatre pieds de longueur (7.31 m) et autant de hauteur sous la clef de voûte. On y adjoignit une sacristie et on creusa dans le sol un caveau. Il y eut un escalier pour y descendre et un support de sept pieds sur trois pour recevoir les corps.

La somme de 600 livres, donnée par Henri Donguy, pour l'achat du cimetière et la construction de la chapelle, s'étant trouvée insuffisante, il s'engagea de nouveau, par acte authentique, à fournir tout ce qui manquerait; et l'un et l'autre furent achevés en 1680 ou environ.

Desevelinges, page 103.

Dans le cimetière et près de l'entrée est une chapelle sous le vocable Saint-Lazare; l'autel est de pierre portée par une maçonnerie; la pierre sacrée dont on se sert est trop petite n'ayant que six pouces de large sur environ sept à huit de long nous en défendons l'usage. Cet autel est revêtu d'une contretable dans laquelle il y a un devant d'autel d'une moire noire avec une croix blanche de satin. Il n'est couvert que d'un mauvais tapis. Il n'y a point de nappes ni d'ornement d'ivoire. Le tout propre et en bon état. Dans le retable qui est en bois peint en noir est un tableau représentant la Résurrection de Lazare. Il est en bon état. Il y a une lampe d'étain devant cet autel; il est sous le vocable de Saint-Lazare, il y a fondation de vingt-trois messes par an, et de quatre grand'messes. Les messes basses doivent se dire tous les premiers lundis et mardis de chaque mois, et les quatre grandes les 2e, 27e, 28e et 29e novembre, toutes des trépassés. [...] La tapisserie qui est en cadis noir contre les murs avec leurs armoiries est en partie trouée et usée, d'ailleurs elle est malpropre il convient de la raccommoder ou supprimer. Cette chapelle est éclairée par cinq vitraux, il y manque quelques carreaux de vitre. Elle est lambrissée, mais le lambris se corrompt vers la porte. Le carrelage qui est en carreaux de terre est en bon état, les murs bien blanchis. La porte qui est en menuiserie solide ferme bien. Dans un petit clocher il y a une cloche pour appeler le peuple à la messe. Le couvert est en forme de mansarde, les murs nous ont paru bons.

Visite pastorale de 1746, page 93.

Cette chapelle, qui occupait à peu près l'emplacement du poids public d'aujourd'hui, était en fort mauvais état, en 1836, m'ont affirmé des vieux charliendins, lorsque le cimetière fut transféré derrière le calvaire, route de Fleury.

Claudius Aulas, page 95.

Cette chapelle est visible sur le cadastre de 1831.


Page créée le 12/09/2012, dernière modification le 31/07/2016.